ÉDITION 2017

LES MENSONGES DE LA PHOTOGRAPHIE

L'immagine è cosa mentale

 

Fidèle à notre tradition, nous nous inspirons de la thématique de la Biennale, autrefois appelée Mois de la photo à Montréal. À la question «De quoi l’image est-elle le nom ?» nous construisons notre réponse à l’aide des mots de l'artiste Vincenzo de St- Léonard : «l'immagine è cosa mentale».

 

 

La condition n'est-elle pas plus "post-muséale" que"post-photographique"?

 

La Biennale métafictionnelle de la photographie à Uqbar relève le défi lancé par Joan Fontcuberta de créer une œuvre d’art inspirée par le thème proposé: la condition post-photographique. La photographie est inséparable du cyberespace puisque les photographies constituent le macro-organisme essentiel de cet univers fondé sur une réseautique optique. En fait, le cyberespace peut même être considéré comme une forme plus évoluée de la photographie.

 

Comprendre ce qui est défini par ‘post-photographique’ ne peut que dépendre de ce que nous pouvons bien entendre par ‘photographique’. Le suffixe ‘post’ implique une coupure abrupte avec le cours d’une évolution normale. Un changement de nature ontologique doit être à l’œuvre. Tout juste comme le terme ‘post-humain’ suppose une transformation qui supplante l’humanité, le terme ‘post photographie’ doit décrire quelque chose qui n’est plus de l’ordre de la photographie.

 

La photographie a transformé encore plus le monde de l’homme que le monde de l’art; elle a changé la perception que nous avons de nous-mêmes, celle de notre relation au temps et, partant, celle de notre propre mortalité. Elle a révolutionné la communication visuelle de l’homme. Les photographes du début du 20e siècle qui ont redéfini les conventions visuelles n’étaient pas des artistes; ils étaient les pères et les mères et les enfants de 7 ans amateurs de caméras portables, réalisant en quelques années seulement ce qu’aucun artiste de génie n’aurait pensé pouvoir faire en plusieurs siècles de pratique esthétique. La photographie, en ces temps-là, ressemblait beaucoup à l’internet: démocratique, accessible, chaotique et sans limites. Tout le monde pouvait prendre des images, tout comme tout le monde peut collectionner des os ou construire des cônes de sable avec des pelles en plastique. La technologie évolue jusqu’à faciliter cette forme de prise d’images, en même temps qu’elle menace les institutions culturelles et financières qui convoitent des pratiques photographiques plus estimables.

 

La photographie possède une habilité unique; celle d’être en contact avec l’expérience; en d’autres mots en contact direct avec les réactions spontanées de l’imagination face au monde. La genèse de l’image photographique est souvent une étincelle cognitive. La vitesse et l’aisance, avec lesquelles le subconscient est capable de saisir et de manipuler les formes extérieures à travers le viseur, contournent l’action rationnelle, analytique, égocentrique du cerveau, de la même manière que le font les rêves. La photographie est surréaliste par nature. Il n’est que partiellement métaphorique de qualifier l’ensemble des archives photographiques de l’humanité comme un journal anthropologique rêvé, et le cyberespace comme le réseau neurologique qui projette le rêve collectif du monde, comme le fait Vishnu.